
2 Lettres de recommandations nous sont parvenues concernant ce couple d’arrières arrières grands-parents. 4 générations nous séparent et pourtant on trouve pas mal de choses à leur sujet.
Je vous emmène dans la vie de ce couple (et de leurs parents), fils de vigneron de Pouilly-sur-Loire et fille d’éclusier dans le finistère… devenus domestiques chez les GUYNEMER entre Paris et la Normandie et termineront leur vie dans la pauvreté à cause d’un coup du sort malheureux.




Adolphe CASSINAT et Marie Yvonne QUINTIN
au domicile des Guynemer
La Famille CASSINAT
Origine de Adolphe Alexandre CASSINAT
Adolphe Alexandre CASSINAT
+ né le 04/08/1862 à Pouilly-sur-Loire (58)
+ 24/01/1941 (78 ans) à Noisy-Le-Grand (93)
+ tonnelier – valet de chambre / maitre d’hôtel – vigneron propriétaire
Originaires de Pouilly-sur-Loire et de Mesves-sur-Loire (à quelques km), les familles QUINTIN et MAUROY sont bien implantés dans le secteur… et on plusieurs alliances entre CASSINAT et MAUROY !
Il est le fils de Simon (1832-1906) et Marguerite MAUROY (1833-1890), Vigneron à Pouilly-sur-Loire.
Ils sont 4 enfants dont François (appelé Auguste), Adolphe, Eugénie et Marie (décédée à 3 ans).
Simon (le père) est né à Pouilly et y restera toute sa vie, en tant que Vigneron. Marguerite est domestique à Pouilly et décède à l’âge de 55 ans (1889). Simon vivra ensuite seul… parfois avec un couple de domestiques (payé par son fils Adolphe ?, seulement une hypothèse) jusqu’à ce que Adolphe et Marie Yvonne viennent vivre à la même adresse avec lui.
A l’âge de 20 ans, Adolphe est tonnelier comme de tradition familiale et on retrouve sa résidence à Paris, au moment où est remplie sa fiche militaire. Il entre alors pour faire son service militaire. Le tirage au sort (règle de l’époque) l’aura désigné pour 5 ans de services… pas de chance !
La Famille QUINTIN
Origine de Marie Yvonne QUINTIN
Marie Yvonne QUINTIN
+ née le 20/10/1858 à Saint-Hernin (28)
+ Décès le 19/06/1936 (77 ans) à Noisy-Le-Grand (93)
Elle est la fille de Jean-Marie (1827-1858) et de Marie Josephe LOHEAC (1837-1871), habitants à Saint-Hernin en Bretagne (finistère) lors de sa naissance.
Jean-Marie a d’abord été militaire… il a participé à la guerre de Crimée qui a eu lieu entre 1854 et 1856 sous le second empire de Napoléon III. Il y est blessé à la jambe droite par un croup de feu le 22/08/1855, dans la région de Sébastopol actuelle, alors sergent de la 35ème de ligne.
Un sergent à la charge du commandement d’une petite unité de 10 à 15 hommes, veille à son entrainement, discipline. Du fait de son grade à ce moment on doit penser que cela fait plusieurs années que Jean-Marie est militaire… peut-être depuis ses 20 ans… il en a alors 28 !
La guerre de crimée et le blocus de Sebatopol
Le blocus a duré plus d’un an… et son dénouement a lieu en août 1855.
Le 35 ème de ligne , dont fait partie Jean-Marie en tant que sergent, embarque à Toulon le 15 juillet 1855 pour rejoindre Constantinople pour traverse la mer Noire pour participer à la bataille de Malakoff. on parle de batailles engageant plus de 60 000 hommes pour les forces franco-britanniques…. contre 50 000 russes pour l’attaque finale du 12 septembre. Jean-Marie a été touché lors d’une des attaques d’assaut intermédiaires et donc n’aura pas participé à la victoire et prise de Malakoff… et c’est peut-être tant mieux pour lui !
Il en garde quelques séquelles à savoir une ankylose de l’articulation et un amaigrissement du membre.
Il va bénéficier d’une pension d’ancien militaire à son retour en France, se mariera en 1858 (30 ans) et fondera une famille de 8 enfants dont Marie Yvonne est l’ainée. Sa femme Marie Josephe décèdera en 1871 (34 ans) peu après ce 8ème enfant alors que Marie Yvonne n’avait que 13 ans.
Il se remariera peu de temps après le drame.
La famille peut compter sur des domestiques depuis plusieurs années d’après les recensements de populations.
L’ainé des garçons, Pierre Marie mourra à 24 ans (1885) lors de son engagement volontaire en tant que militaire en Indochine dans le Tonkin durant un transport en ambulance. Jean Marie l’apprendra seulement 6 mois plus tard.
Après sa carrière militaire, Jean-Marie devient d’abord meunier au moulin de Coulouiveran à Saint-Hernin pendant un temps puis Eclusier à divers endroits.
Après une formation à l’écluse de Prat Hir de Châteaulin en 1861 avec Mr VIGOUROUX, il prend le poste et s’installe avec sa famille. Il y restera 20 ans !
-> Petit témoignage de la vie d’éclusier sur ce lieu <- dans cette maison devenue aujourd’hui un AirBNB


En 1881, la famille part vivre sur la commune de Plouguer… à l’écluse de Pont ar Brost 200... toujours en qualité d’éclusier !
Il y restera jusque vers ses 70 ans (vers 1900) soit quasiment 20 ans plus tard, les enfants auront tous quittés la maison.
La vie d’Eclusier
L’Eclusier était le garant de la navigation sur le canal :
– Assurer le passage des bateaux : Ouvrir et fermer les portes des écluses à la manivelle, veiller à la bonne marche du transvasement d’eau et guider les mariniers dans la manœuvre;
– Entretenir les installations : Graisser les mécanismes, réparer les portes et autres éléments, débroussailler le long du canal ;
– Surveiller la voie d’eau : en contrôlant le niveau, en signalant / réparant les fuites et en intervenant sur le chemin de halage ;
A PratHir, canal de Nantes à Brest, passaient surtout des péniches de blé, de cidre, de bois et charbon.

le 14 juillet 1891, la petite Marguerite CASSINAT verra le jour dans la maison de son grand-père, Marie Yvonne aura décidé de se mettre un temps au repos de son travail de domestique à Paris pour donner naissance à sa fille unique.
C’est probablement dans la maison ci-dessus que cela s’est passé et qu’elle reviendra y passer des vacances !… elle racontera ses souvenirs « conduisant une charrette tirée par un cheval pour aller livrer le pain »… devenus des souvenirs flous pour sa propre petite-fille…
On ne connait pas la date de décès de Jean Marie jusque là… on sait jusque qu’il vécut avec sa femme Marie MORE, 9 route de Brest à Carhaix (1901)
Il est probable que Adolphe et Marie se soient connus quand ils devinrent tous 2 domestiques dans la famille GUYNEMER et que les relations avec la famille étant très cordiales, ils se sont mariés à la maison des GUYNEMER, la même année que Paul (père de Georges).
C’est ainsi que pendant près de 11 ans, les CASSINAT habitent alternativement Paris et le château de Thuit dans l’Eure (Normandie)… Les GUYNEMER passent plus de 6 mois par an à la campagne.
Les GUYNEMER.
La famille GUYNEMER est une ancienne famille française dont le nom serait mentionné dans la célèbre chanson de Roland ou encore dans des actes autour du roi Henri1er… et l’on ne compte plus les illustres personnages en lignée directe qui existent au fil de l’histoire.
L’employeur des CASSINAT était Auguste Saint-Ange GUYNEMER (1824-1900), grand-père de Georges. Docteur en droit, Il fut un temps Sous Préfet de Saverne en 1865 puis nommé à Louviers (Eure) en 1870. Il épouse une écossaise, Louise Antoinette Lyon… que l’on appelle Louisa.
« Ils possèdent quantités de voitures, voyagent beaucoup et vont jusque dans le midi avec leurs équipages de mules et chevaux »
Quelques mots sur Paul GUYNEMER
Adolphe CASSINAT était « ordonnance » de Paul GUYNEMER (1860-), officier de Saint-Cyr. Il seront tous les deux incorporés au 127 ème régiment d’infanterie qui stationne alors entre Valencienne et Péronne…
Les CASSINAT assisteront à la rencontre de Paul et Diane Julie DOYNEL à l’été 1890, coup de foudre lors d’une visite protocolaire au château de Garcelles (Calvados). C’est Auguste (le père) qui ira demander officiellement la main de Julie pour Paul, tradition et grande bourgeoisie oblige !
Ils se marieront en octobre 1890, 3 mois après la rencontre, avec des dot de 130 000 frcs d’un côté et 180 000 Francs de l’autre… une fortune…
Julie est elle issue d’une famille encore plus prestigieuse selon les historiens… un lien direct avec les rois de France via Bathilde d’Orléans (1750-1822), soeur de Philippe d’Orléans… ceci dit Bathilde aurait eu une liaison avec un jeune lieutenant de Vaisseau, Alexandre de Roquefeuil, d’où aurait commencé la lignée ! Mais elle est une famille bien établie dans la noblesse et la haute bourgeoisie.
Vivant sous les mêmes toits, les relations père-fils vont vite se dégrader, notamment au sujet du château de Thuit que l’un veut vendre et l’autre habiter plus longtemps… on imagine les CASSINAT assister aux disputes !
Quelques mots sur Georges GUYNEMER (1894-1917)
Les CASSINAT seront parmi les domestiques les plus proches quand naitrons les 3 enfants de Paul et Julie… dont Georges, né en 1894. Julie élève ses enfants « de manière bourgeoise, traditionnelle et Catholique… les domestiques aux ordres de la maitresse de maison veillent à rendre la maison douce et agréable. son fils est de constitution fragile, nécessite d’être constamment surveillé, dorloté et pouponné ».
Le vouvoiement y est de rigueur et stricte… le petit Georges n’a le droit de parler que si on lui adresse la parole.
Il deviendra un héro de l’aviation de la première guerre mondiale : Capitaine dans l’aviation française, il remporte 53 victoires homologuées, plus une trentaine de victoires probables en combat aérien
La vie des CASSINAT
On ne sait, à ce jour, pas grand chose de la vie réelle des CASSINAT chez les GUYNEMER… On ne peut que interpréter. Lui était Valet de chambre associé au service de table, officiant pour Mr et Mme Auguste GUYNEMER, et elle cuisinière de la maison (très bonne patissière !). Ils ont forcément croisé du beau monde (nobles et bourgeois de l’époque) lors de réceptions données dans les diverses résidences.
Avec la famille ils se déplaçaient régulièrement entre Le Thuit (château) et Paris (67 avenue d’Antin – aujourd’hui Franklin Roosevelt et 25 rue de Marignan à Paris).
Mais les déplacements leurs pèsent… ils doivent laisser leur fille pendant plusieurs mois de l’année. Ne souhaitant plus cela ils décident de trouver un autre emplois de domestique. Il seront restés pendant 12 ans chez les GUYNEMER.
Une question reste à élucider… que devenait leur fille pendant ces temps en Normandie ?
QUE DEVIENT MARGUERITE PENDANT CE TEMPS D’absence ?



Après les GUYNEMER, et donc une lettre de recommandation en poche, les CASSINAT trouvent un nouvel emploi, 15 jours plus tard, du côté de Bougival… à priori chez les BARROS… mais jusque là je n’ai pas pu trouver de traces d’un Raymond BARROS de manière formelle… Ils y resteront tout de même 6 ans… jusqu’au 25 aout 1905 !
C’est l’occasion de revenir au pays à la quarantaine passée… à Pouilly-sur-Loire. Ils viennent habiter chez Simon, le père CASSINAT. Peut-être que la santé de Simon s’est dégradée ? on sait qu’il décède en 1906 à l’âge de 73 ans.
Fin de vie
On sait peu de choses sur ce qu’ils ont fait entre leurs 43 ans et 73 ans sinon qu’ils habitaient à Pouilly-Sur-Loire en tant que Vignerons et propriétaires. Ils se seront peut-être associés avec François Auguste, le frère, qui a reçu une médaille de chevalier du mérite agricole en 1910 en tant que Vigneron ?
Selon des souvenirs transmis, ils auraient vendus le domaine viticole – dont on connait bien les qualités de vins de nos jours de ce territoire – afin de subvenir à leurs besoins sur la fin de vie. Malheureusement ils auraient eu la mauvaise idée de se faire payer en emprunts Russes, lesquels ont perdus totalement leur valeur… Cette histoire reste à éclaircir, car la valeurs des emprunts Russes a été annulée en 1916… ils auraient donc vendus avant cela ? un mystère à éclaircir !
Finalement Il semble qu’ils soient venus vivre avec leur fille du côté de Noisy-Le-Grand. Marie Yvonne est décédée le 19/06/1936 (77ans) à Noisy-Le-Grand… c’est peut-être à ce moment là que Adolphe est resté vivre avec sa fille et son petit-fils Guy âgé de 10 ans… ou tout au moins à proximité.
Adolphe décède le 25/01/1941 (78 ans) à Noisy-le-Grand.
Voici la fin de notre voyage temporel chez le couple CASSINAT. Ils auront travaillé toute leur vie, suivant l’exemple de leurs propres parents mais faisant leur propre chemin.
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